mercredi 26 mai 2010


LA VIOLENCE FEMININE / PARTIE II

CACHEZ CES CHIFFRES QUE JE NE SAURAIS VOIR ...



Débutées dans l'indifférence et l'ostracisme au cours des années 80, les études américaines et canadiennes sur la violence conjugale féminine montrent aujourd'hui, une réalité toute différente à celle qui prévaut encore aujourd'hui en Europe. Sous l'accumulation des données, on constate que la violence n'a pas de genre. Toute vérité commence par un blasphème.


Sensibilisée à la question des violences faites aux femmes qui émergeait dans les années 70, Erin Pizzey fut une pionnière. Dès 1971, elle fonda le premier foyer d'hébergement pour femmes battues au Royaume-Uni. Très rapidement, elle eut la surprise de constater que 62 des 100 premières femmes hébergées étaient aussi violentes que les hommes qu'elles venaient de quitter1.

Cette première impression, confortée par 40 années de pratique portant sur plus de 5000 hébergements, n'aurait qu'une portée empirique si elle n'avait été confirmée par les 271 études recensées en 2009 par le professeur Martin Fiebert de l'Université de Californie. Études réalisées pour beaucoup, au sein des plus prestigieuses universités anglo saxonnes et plus récemment, par les organismes statistiques gouvernementaux. Portant sur un panel total de 375 000 femmes et hommes interrogées dans de nombreux pays et cultures, ces études, souvent construites selon la méthode stricte des CTS2, font émerger une vérité tout aussi dérangeante que jadis, le mouvement des planètes à l'oreille d'un inquisiteur : si l'on doit admettre des dommages physiques généralement plus graves pour les femmes, il n'en subsiste pas moins qu'en couple, les femmes sont tout aussi violentes, voire plus violentes, que les hommes. Explications et décryptage.

Des violences symétriques ...

L'enquête de victimisation (10600 hommes et 13166 femmes) lancée en 2004 par l'institut national de la statistique Canadien3 est venue confirmer la précédente étude de 1999 : au cours des 5 années précédentes, 5,7 % des hommes et 6,2 % des femmes se sont déclarés victimes de violences physiques constituées, en partie, de 2,9 % et 3 % de violences graves (coups de poing, utilisation d'objets...). Une symétrie, déjà largement décrite dans la méta analyse du professeur de psychologie John Archer4 et constatée dans de nombreux pays. Une symétrie qui se retrouve étonnamment dans des cultures très différentes considérées comme traditionnellement 'machistes'. On relève, par exemple, dans une enquête portant sur 16000 étudiants de 21 pays, un taux de victimisation au cours des douze derniers mois de 29,3 % pour les chinois, contre 25,6 % pour les chinoises, de 32,7 % chez les hommes russes contre 22,5 %, alors que 18,4 % des étudiants Brésiliens se déclaraient victimes de leurs conjointe contre 19,9 % pour les étudiantes5.

Les études récentes confirment que les femmes jeunes sont désormais, non pas aussi, mais plus violentes que leurs homologues masculins et plus particulièrement lorsqu'elles vivent en relation de concubinage6. Elles reconnaissent, elles-mêmes par exemple, avoir plus souvent recours à la contrainte physique (60 % des cas) que les hommes7. Cet écart qui semble s'accentuer dans les pays occidentaux comme le Canada ou les États-Unis, où la violence conjugale envers les femmes est en nette régression8 alors que celle subie par les hommes stagne, s'explique aisément : épousant les schémas culturels dominants, désinhibées et déculpabilisées par le discours médiatique et les multiples campagnes de sensibilisation où l'homme est systématiquement représenté sous les traits de l'agresseur, paternées par les organismes de polices et maternées par une justice bienveillante toute acquise au concept machiste d'excuse de féminité9, les femmes ont les plus grandes difficultés à identifier et à reconnaître leur violence. A contrario, les hommes, aliénés par les mêmes représentations culturelles puissantes oscillant entre le ridicule et la culpabilisation, ont une nette tendance, non seulement, à nier et à sous déclarer les violences subies mais aussi, à mieux se contrôler en cas d'agression10.

L'invention de la légitime défense ...

Sous l'accumulation des données, les féministes radicales se sont empressées de construire un contre feu qui prospère désormais en Europe. Le contre feu de la légitime défense. La violence des femmes ne serait que la réponse légitime, légale et parfois préventive aux actes d'agression et de terrorisme conjugal qu'elles subissent dans le couple. Malheureusement pour la théorie patriarcale, déjà mise à mal par les taux de violence élevés constatés chez les femmes les plus jeunes, donc chez les femmes les moins intoxiquées par le patriarcat, l'excuse absolutoire de la légitime défense aura quelque peine à justifier les nombreuses données montrant sans ambiguïté des tords équitablement répartis. Des responsabilités partagées entre les conjoints, tant dans la dynamique de la violence, que sur ses causes profondes.

Pour ce qui est de la dynamique de la violence, la méta étude réalisée en 2005 par l'université de Vancouver est sans ambiguïté. On s'explique, en effet, difficilement les raisons pour lesquelles la légitime défense pourrait justifier que les femmes reconnaissent initier la violence tout aussi souvent que les hommes (28 % contre 23 % pour les hommes), admettent donner le premier coup dans 52 % des cas (42,6 % pour les hommes) et confessent être 3 fois plus nombreuses que les hommes (11,8 % pour 4,3 %) à infliger des violences physiques sur un conjoint ... passif11.

Quand aux causes de la violence, qu'elles soient situationnelles ou issues d'un terrorisme conjugal de la part d'un partenaire, les responsabilités sont, là encore, largement réparties :

  • Les violences situationnelles12, sont des violences réciproques trouvant leur cause dans un ou plusieurs éléments déclencheurs. Des éléments déclencheurs tels le manque de communication, d'attention pour les femmes, les conditions de vie stressantes, la précarité et la privation d'activité professionnelle pour les hommes, la jalousie... Par construction, de part leur aspect progressif et concomitant, les violences situationnelles qui sont les plus fréquentes dans le couples (env. 60 % des cas) et génèrent, sauf caractère répétitif, les violences les moins graves, excluent toute idée de légitime défense.
  • Pour le terrorisme conjugal, largement minoritaire mais seule forme de violence reconnue par les féministes radicales et toujours illustré dans l'inconscient collectif par un mâle en manque de domination qui se met à frapper pour une soupe trop froide ou une frustration sexo/professionnelle, là encore, force est de constater qu'il n'a pas de sexe. Même si dans l'Enquête Sociale Générale canadienne, on note une certaine sur représentation de femmes victimes (239100 pour 158000)13, le terrorisme conjugal touche autant les hommes que les femmes. Par ailleurs et lorsque l'on examine les ressorts profonds et individuels du terrorisme conjugal, on constate que la majorité, soit 9 des 12 facteurs de risque permettant de prédire un comportement de terrorisme conjugal chez une personne et, pour l'essentiel attribuables à des problèmes psychologiques générés par des maltraitances dans l'enfance, sont communs aux hommes et aux femmes14.

Enfin, que penser de la violences dans les couples lesbiens ? Faut-il, comme certaines féministes le suggèrent, encore, toujours et sans échappatoire possible comme c'est le cas dans toute pensée totalitaire, y voir la marque indélébile d'un patriarcat rampant15 ? Que dire alors d'une étude de 1991 portant sur 350 lesbiennes montrant des taux victimisation physiques (45 %) et sexuels (56,8%) qui n'ont rien à envier à ceux que l'on retrouve dans les couples hétérosexuels16 ?


Combien ? Combien a-t-il fallu de femmes humiliées dans les commissariats devant des policiers suspicieux et goguenards face à leur plainte pour violences sexuelles ? Inversement, combien faudra-t-il de vies brisées devant les fausses déclarations de violences et de viols avant que la parole des hommes soit prise en compte ? La réponse est simple : elle est dans les chiffres. Des chiffres qui risquent de glisser, pour longtemps probablement, sur le plumage bien huilé de la théorie patriarcale. Un sophisme à succès aux enjeux politiques et sociaux majeurs. C'est ce que nous proposons d'aborder en troisième et dernière partie de ce dossier consacré à la violence féminine.


Olivier MALVOLTI

Notes et références :

1 Erin PIZZEY, 'My vieuw on domestic violence', 2008, préc.
2CTS ou Conflict Tactic Scale : mode d'enquête le plus fiable reposant sur l’emploi d’une liste de comportements concrets (avez-vous lancé un objet ? donné une gifle ? un coup de poing ...?), par opposition à une évaluation subjective variant en fonction des individus, des cultures et du genre et telle que souvent utilisée dans les enquêtes Européennes (avez-vous été victime de violence ...?). Voir aussi note 8 en article 1, où l'on constate que la France utilise des méthodes beaucoup moins fiables.
3 / Denis LAROCHE, Enquête Sociale Générale (E.S.G.), 'Contexte et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes au Canada en 2004'
4 / J. ARCHER, Méta étude portant sur 82 études, University of Central Lancashire, 2000
5 / Les taux élevés de violence sont essentiellement liés, comme nous le verrons, à la jeunesse du panel : plus les couples sont jeunes et plus les taux de violence sont élevés. Ko Ling CHAN et autres, 'Prevalence of Dating Partner Violence ... worlwide', tableau 2.
6 / Murray A. STRAUS et autres, 'The relation of criminality and dominance ... in four eastern nations' p.11, sous 'Gender Differences In Perpetration And Injury Rates'
7 / Denis LAROCHE, E.S.G., préc., p. 21 col 2. et aussi, Ignacio Luis RAMIREZ et autres, 'Gender Symétrie ... in Mexico and USA', 2007, p. 6.
8 On constate au Canada notamment une baisse de - 44 % des violences graves faites aux femmes sur la période 1993/2003, in Denis LAROCHE, E.S.G., préc. p. 23.
9Dans le très peu suspect de sympathie masculinistes rapport National Violence Against Women survey (NVAW) publié en 2000, enquête de victimisation conduite par le ministère américain de la justice sur 16000 personnes des deux sexes, on remarque non seulement que les hommes déposent nettement moins plainte que les femmes en cas d'agression physique (13,5 % contre 26,7 %) mais aussi et surtout et sans que cela interroge vraiment, que 34 % des hommes dénoncés sont arrêtés contre 12 % des femmes, que 27 % sont conduits devant un tribunal contre 4,3 % des femmes, et qu'ils sont condamnées dans 13 % des cas alors que les chiffres de condamnation des femmes sont tellement insignifiants que l'on ne juge même pas utile de les mentionner ... NVAW, 2000 tab. 20 p. 57.
Par ailleurs, une
étude du ministère de la justice américain analysant les peines prononcées sur 540 meurtres conjugaux aux États-Units (318 femmes et 222 hommes) montre que les femmes sont, pour les mêmes crimes, condamnées en moyenne à une peine de prison inférieure de 10 ans à celle prononcée à l'encontre des hommes. Le rapport conclue par la formule sibylline 'pas d'explication des raisons pour lesquelles les peines de prisons prononcées étaient, en moyenne, de 10 ans inférieures pour les épouses accusées que pour les hommes'.
10 / Donald G. DUTTON T, Tonia L. NICOLLS, 'The gender paradigm in domestic violence ...', 2005, 'In fact, considerable evidence suggests that there are strong social prohibitions inhibiting men from aggressing against women (e.g. Chivalry; Arias & Johnson, 1989; Archer, 2000a), legal sanctions against men who transgress (the U.S. Violence Against Women Act of 1994 : (VAWA); Brown, 2004), p. 683 § 2. and fewer social prohibitions inhibiting women from aggressing against men'. Voir aussi p. 684 note 1 où, quelques que soient les cultures, hommes et femmes confondus, trouvent plus normal qu'une femme batte un homme que l'inverse et ce, dans des proportions non équivoques.
11 / In Donald G. DUTTON, Tonia L. NICOLLS, 'The gender paradigm in domestic violence ...', préc. pp. 687/688. Par ailleurs, les chiffres donnés sont les plus consensuels : certaines études citées donnent des taux d'initiative de la violence bien plus élevés pour les femmes. Voir aussi, E.S.G., préc. pp. 21/22
12 / E.S.G., préc, p. 35.
Violences situationnelles aussi décrites sous le terme de schismogénèse complémentaire par le psychologue Québecois Yvon DALLAIRE.
13 / Une sur représentation en partie liée au meilleur seuil de tolérance des hommes à la violence et à la taille des échantillons retenus puisqu'ils concerne des populations respectives de 646 000 femmes et 539 800 hommes victimes au cours des 5 années précédant l'enquête, toutes violences confondues. E.S.G., préc., p. 40 et 41.
14 / Rose A. MEDEIROS et autres, 'The relation of criminality and dominance to physical assault ...'. 2006. Etude portant sur un échantillon 854 étudiants de pays de l'est, p. 22.
15 / Vanessa Watremez, 'La violence des femmes et des lesbiennes ...', 2005, § 25 et s. Les lesbiennes seraient violentes parce-qu'elles auraient intériorisé les archétypes de dominance masculine ... En somme, les lesbiennes, ne seraient pas vraiment des femmes.
16 / New York, 'Lesbian, Gay, ... Domestic Violence Report 2003/2004'

3 commentaires:

  1. Série d'articles passionnante parce qu'elle pousse à exercer la raison sans s'en tenir aux évidences. Flux RSS adopté !

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour ces articles passionnants qui remettent les pendules à l'heure.
    Un homme battu et mensongèrement accusé de violence, victime de "l'air du temps"

    RépondreSupprimer